A quel point la relation entre Emmanuel Macron, à l’époque ministre de l’économie et du numérique, et Uber, la multinationale américaine, a été ambiguë ? C’est la question que pose cette enquête menée par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) nommée Uber-files.
Uber-files : une histoire banale de lobbying ?
Retour en été 2015. La colère gronde chez les chauffeurs de taxi suite à l’implantation de Uber, une société de VTC qui permet à n’importe quel particulier d’exercer sans licence. Le motif principal ? La concurrence déloyal que pratique la société dont les chauffeurs n’ont pas à acheter une licence de plusieurs milliers d’euro pour exercer.
Du côté des parlementaires, du gouvernement et de certaines sphères plutôt à gauche de l’opinion publique, cette nouvelle arrivée fait aussi bondir. En effet, Uber propose à ses collaborateurs « un contrat » inédit. A la place du contrat de travail classique qu’il peut exister entre un employeur et son salarié, le travailleur exerce sous le statut d’autoentrepreneur. Ce faisant, Uber ne paye pas de charge salariale et échappe aux inconvénients qui peuvent peser sur un patron dans le cadre, par exemple, d’un CDI.
A la fin juillet 2015, Uber annonce la fin de son offre Uber-pop qui faisait le plus polémique. Mais ce qui apparaissait comme une victoire pour les taxis et le gouvernement, n’était en fait qu’une étape dans la conquête, par Uber du marché français.
Cette conquête Uber à pu la faire grâce des actions de lobbying à la frontière de la légalité et grâce à un allié de taille : le ministre de l’économie de l’époque Emmanuel Macron.
En 2014, la loi Thévenoud entre en vigueur et interdit l’activité d’Uber. Ceux ci vont faire l’objets de plusieurs perquisitions dans leur bureaux parisiens. 14 au total. Au cours de ces perquisitions, Uber utilise une pratique illégale : le « Kill Switch », un bouton permettant de dissimuler des preuves informatiques. Alors que l’entreprise tente d’éviter les répressions judiciaires, elles s’entretient avec Emmanuel Macron et son cabinet. Les Uber-files révèlent même qu’ils entretiennent des relations privilégiés. En tout, le ministre ainsi que les membres de son cabinet rencontreront Uber 14 fois.
Ces relations sont si amicales que, Mark MacGann, responsable du lobbying en France, demandera à Macron, en pleine perquisition à Paris le 6 juillet 2015, d’intervenir. Ce que le ministre n’a pas fait, heureusement.
Quels reproches ?
Aujourd’hui Président de la République, Emmanuel Macron a été visé par plusieurs attaques suite au dossier Uber-files.
Soyons clairs, rien pour le moment n’indique qu’Emmanuel Macron ait agis en dehors du champs légal. Un ministre peut tout à fait s’entretenir avec une entreprise voir aider à son développement si il considère que cela sert les intérêts de la nation. Qui plus est, un ministre de l’économie. Néanmoins ce qui est reproché à Macron c’est
- d’avoir agit à contre sens de la politique de son gouvernement
- d’avoir eu une relation privilégiée avec une entreprise critiquée pour son éthique, et condamnée pour cela
- Et tout simplement sa personne et son libéralisme.
Somme toute, uber-files est une polémique de plus qui s’ajoute à l’image d’Emmanuel Macron dressée par son opposition mais aussi par lui même, il faut l’avouer. Celle d’un politicien qui se moque des conventions et dont le libéralisme est une quasi religion. Lui même l’a très bien résumé en ses termes dans cette interview.
« Ca m’en touche une sans faire bouger l’autre »
En d’autres termes, il s’en fout !